La danse contemporaine

Mardi 4 décembre 2007 2 04 /12 /Déc /2007 22:56


Je ne vais pas ici raconter la vie de Maurice Béjart, ni ce qui a fait sa réussite, ni ce qui a plu ou pas à ses critiques et publics, ni pourquoi il a été important dans l'histoire de la danse. Je voudrais juste dire ce que je retiendrai, personnellement, de lui.



Ma vision est sans doute liée à mes expériences et à une grande partie de ma vie passée en Afrique, où la danse est si naturelle pour tout le monde, sans distinction de sexe ni d'âge. Car s'il y a quelque chose qui me surprend en France, c'est la dualité que les gens entretiennent avec leur propre corps, tiraillé entre le désintérêt le plus complet et l'égocentrisme le plus tyrannique. Nous sommes ici en effet dans une société qui d'un côté nous faire croire que le corps n'est qu'une enveloppe sans importance (ce qui compte, c'est l'esprit), et qui de l'autre côté nous pousse à vouer un véritable culte à ce corps-enveloppe, idéalisé et normalisé. 

Maurice Béjart considérait ce narcissisme comme une maladie de notre société : "l'égo est un pseudo-paravent dans lequel on se cache et où l'on croit exister" (Lettre à un jeune danseur). Echapper à ce corps narcissique demande de se connaître soi-même afin d'être capable d'entrer en communication avec soi, avec les autres, avec la nature, avec la vie. "Danser, c'est transcender totalement notre pauvre condition humaine pour participer intégralement à la vie profonde de l'Univers" (Ainsi danse Zarathoustra). La danse est un besoin pour l'homme. Notre civilisation occidentale actuelle est la seule, historiquement et géographiquement, à nier la valeur de la danse. Mais l'esprit peut-il exister et s'épanouir sans le corps ? Et inversement le corps peut-il exister et s'épanouir sans l'esprit ? La réponse est évidente pourtant... Et Béjart faisait partie de ces hommes qui savent que "la compréhension de n'importe quoi est toujours plus profonde quand elle passe par le corps" (Ainsi danse Zarathoustra). Se connaître soi-même, c'est se comprendre comme un tout : un corps et un esprit. Danser, c'est s'apprendre de l'intérieur pour mieux apprendre le monde extérieur, c'est se parler à soi-même pour être capable de parler aux autres, c'est mettre son corps au service du développement de son esprit, et son esprit au service du développement de son corps, c'est entretenir un cercle vertueux de mise en valeur de sa personnalité propre dans sa globalité.

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Voilà pourquoi, à mon humble avis, on danse partout dans le monde et depuis toujours. Voilà pourquoi, peut-être, Maurice Béjart n'a pas su se faire une place de choix en France. Voilà pourquoi, j'en suis convaincue, les Français ont pafois fait de leur danse contemporaine un concept abstrait et intellectuel, interrogeant sans cesse notre relation au corps, dans des spectacles plus ou moins intéressants et accessibles, mais sans jamais considérer que la danse, ce peut être quelque chose de très simple, de naturel, d'humain, et pourquoi pas une danse au sens traditionnel du terme comme le disait Béjart, faite pour célébrer, fêter, pleurer, prier, exprimer, penser, accueillir... Tout simplement, et sans en faire en faire toute une histoire !




Sur ces quelques réflexions philosophiques (une fois n'est pas coutume), je vous engage, si vous voulez en savoir plus sur Maurice Béjart à aller consulter les vidéos suivantes :

- Des vidéos d'archives de la télévision suisse :

http://archives.tsr.ch/home (faire une recherche sur "Béjart" pour obtenir la liste de toutes les archives)
- Une revue de presse et des extraits vidéos de ballets de Béjart sur le site du Centre de danse du Marais :
www.parisdanse.com


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Par Julie - Publié dans : La danse contemporaine
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Vendredi 9 novembre 2007 5 09 /11 /Nov /2007 19:04


Après une longue absence sur internet... je reprends mon projet sur les grandes théories de la danse contemporaine, avec cette fois un article sur Martha Graham, la "grande prêtresse de la danse moderne".

Il est impossible de comprendre l'évolution de la danse moderne sans connaître la danse de Martha Graham. Sans elle, la danse ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui. Véritable "tête chercheuse", poussée dans son travail acharné par son collaborateur et grand admirateur, le pianiste Louis Horst, Martha Graham a développé et codifié le langage de la danse moderne initié aux Etats-Unis au début du XXème siècle par Ruth Saint-Denis et Ted Shawn, ses professeurs.


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Le langage chorégraphique qu'elle crée cherche à atteindre la vérité de l'être humain, voire même plutôt la vérité de son être à elle. "Le mouvement ne ment jamais" lui répétait son père, médecin mentaliste. C'est sur cette conception du mouvement que se fonde toute sa recherche sur la danse. La psychanalise prend une large place dans son travail chorégraphique : le désir féminin, l'identité, l'expérience vécue sont des thèmes qui lui sont chers et qui influencent sa technique.



La technique Martha Graham :

La chorégraphe a mis un point une technique extrêmement codifiée, que l'on peut résumer schématiquement ainsi :

    - Le bassin est à la fois le centre du corps et le centre de toutes les pulsions
    - Du bassin naît le mouvement central de la danse : l'alternance contraction/release, mouvements de fermeture et de relâchement du bas-ventre
    - La danse a un caractère profondément féminin, mais elle n'exclut pas les hommes, pour qui les mouvements de bassin prennent un tout autre sens, protection contre la domination féminine
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Ses chorégraphies :

Martha Graham est sans doute l'une des chorégraphes les plus prolifiques de la danse moderne. Son oeuvre est marquée fortement par l'idée du désir féminin et la frustration inhérente à la condition féminine, y compris dans ses interprétations de grands mythes de la Grèce antique (Clytermnestra) ou de personnages de la Bible (Judith). Martha Graham dénonce également très souvent la violence (Deep Song, sur la guerre civile espagnole) et cherche à ouvrir les consciences vers un espace de liberté moins puritain et moins codifié (Letter of The World, sur la destruction des élans du coeur par la conscience puritaine). Elle chorégraphie également un certain nombre de ballets inspirés de thèmes religieux (Acrobats of God fait des danseurs les "athlètes de dieu") ou de rituels païens (Temptations of The Moon évoque des célébrations des cycles lunaires).

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Les cours de danse de technique Martha Graham :

Le cours élaboré par Martha Graham se déroule selon un rituel pré-établi, en 3 grandes parties :

1/ Le début du cours se pratique au sol :
     - Résistance, maîtrise du buste et tension du corps, qui est très tenu, voire même tendu
     - Contraction : recentrement de l'énergie corporelle (et des sentiments) au centre du corps, le bassin en rétroversion
     - Release : diffusion de l'énergie corporelle (et des sentiments) du centre, le bassin, vers les extrêmités, notamment les pieds fléchis

2/ La 2ème partie de la séance se déroule au milieu debout, pour un travail technique effectué d'abord avec les pieds en parrallèle puis évoluant vers l'en-dehors : pliés, dégagés, ronds de jambe, ...

3/ La dernière partie du cours est effectuée en déplacement : 
     - Adages de développés
     - Chutes
     - Tours
     - Sauts


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Par Julie - Publié dans : La danse contemporaine
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Vendredi 14 septembre 2007 5 14 /09 /Sep /2007 00:15


Qui est José Limon ? Pourquoi a-t-il donné son nom à une méthode d'enseignement de danse contemporaine ? Quelles sont les différences entre l'enseignement de base José Limon et les autres enseignements ? Pourquoi avoir choisi cette pédagogie ? ... Autant de questions que l'on me pose très souvent et auxquelles je vais essayer de répondre ici.

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Un petit rappel pour commencer : comme je l'avais déjà écrit dans l'article
"Qu'est-ce que la danse contemporaine" du 02/08/2007, la danse contemporaine est multiple. Elle diffère d'un chorégraphe à l'autre, d'un danseur à l'autre et d'un enseignant à l'autre. 
Mais quel que soit son niveau, le danseur cherche toujours à progresser. L'apprentissage de la danse contemporaine va donc consister à acquérir une technique, à enrichir son vocabulaire, à développer ses capacités personnelles d'interprétation. Pour cela, plusieurs grands chorégraphes ont marqué de leur empreinte l'enseignement de la danse contemporaine, laissant derrière eux un héritage qui se transmet depuis dans les cours de danse. 



C'est le cas de José Limon. Danseur, chorégraphe et pédagogue américain d'origine mexicaine, qui a participé activement à la formation de la danse moderne au XXème siècle, il a signé quelques oeuvres chorégraphiques majeures, comme La Pavane du Maure (1949). Il a marqué tout un courant de la danse contemporaine par son style très expressif, par la dramaturgie de ses pièces, la théâtralité de ses mouvements, l'utilisation du support musical comme point de départ de la danse. Sa vision de la danse est extrêmement ambitieuse et exigeante : le danseur doit travailler sans cesse, à la recherche de la perfection et de la justesse du mouvement. Ce que doit toujours chercher le danseur, c'est le mouvement qui exprimera le plus parfaitement possible ses sentiments ou ses idées. Car la danse, chez Limon, est avant tout une histoire d'émotions et de pensées : lorsque la musique s'arrête et que le danseur se retire, l'idée persiste et survit à la danse.

Sa pédagogie, dont la particularité est le travail musculaire du corps, va se focaliser sur le travail de cette capacité d'expression, visant à permettre au danseur d'acquérir une technique personnelle, un mouvement naturel, qui le rendra capable de s'adapter à tous les styles chorégraphiques.



Le cour de danse contemporaine de base Limon repose donc sur quelques fondamentaux : 

Le mouvement est dynamique, la danse n'est jamais figée, ni posée

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Le mouvement est un jeu de contrastes entre poids et légèreté, entre équilibre et déséquilibre

Chaque partie du corps est autonome et maîtrisable musculairement, participant ainsi à l'élaboration d'un mouvement dramatique faisant sens par lui-même

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Le mouvement part du buste, centre moteur du danseur, point de départ de l'émotion

Le mouvement est musical, l'idée naît d'une sensation musicale

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Alors pourquoi choisir un cours de danse contemporaine de base José Limon ? Parce qu'il permet à tous les danseurs, qu'ils soient débutants ou professionnels, de toujours progresser terchniquement. Parce qu'il offre à chacun la possibilité de prendre plaisir à danser rapidement. Parce qu'il est une école pour la vie autant qu'une école pour la danse. Parce qu'il offre aux danseurs une grande capacité d'adaptation à tous les styles chorégraphiques. Parce qu'il développe l'écoute et la sensation de musicalité. Etc, etc.

Dans un prochain article je parlerai de la différence entre cette technique et les autres.




Toutes les photographies que j'ai utilisées dans cet article sont issues du site de la Fondation José Limon.


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Par Julie - Publié dans : La danse contemporaine
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Jeudi 2 août 2007 4 02 /08 /Août /2007 00:28



Difficile de trouver une définition précise de ce qu'est la danse contemporaine ! C'est pourtant la question que l'on me pose le plus souvent. Je vais donc essayer modestement d'y répondre... 

Mais avant de commencer, un petit éclaircissement s'impose sur la terminologie : en France, le terme "danse contemporaine" est utilisé pour désigner une esthétique artistique propre à notre époque, alors que le terme "danse moderne" renvoie aux courants qui ont précédé la danse contemporaine (et qui étaient peu représentatifs en France) ; dans les autres pays, le terme "danse moderne" (modern dance) est utilisé uniquement.



La danse contemporaine, comme son nom l'indique, s'inscrit dans l'histoire. Nous sommes à la fin du XIXème siècle, une période charnière pour les sociétés occidentales qui s'industrialisent et s'urbanisent. Les moeurs commencent à se libérer et les corps cherchent à s'émanciper. Les arts sont fortement touchés par les bouleversements des mentalités et les artistes et intellectuels de l'époque sont même véritablement moteurs dans les changements qui s'opèrent. Ce sont les débuts de la peinture figurative, de la photographie, du cinématographe, de la musique dodécaphoniste en Allemagne... 
Le ballet classique est pour sa part relativement moribond et laisse une large place aux initiatives individuelles qui vont alors germer, essentiellement aux Etats-Unis et en Allemagne, sous différents noms : danse moderne, danse d'expression, danse libre... 


Le terme générique "danse moderne" sera rapidement utilisé pour regrouper l'ensemble de ces recherches individuelles, qui sont toutes en rupture avec la tradition de la danse classique. Ces initiatives isolées sont pourtant très différentes les unes des autres mais elles ont en commun ce qui fonde les bases de la danse contemporaine :


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La danse est une expression de soi

Elle repose sur l'émotion qui conduit au geste, sur le vécu intérieur du danseur
 



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La danse est naturelle

Elle part du tronc, de la respiration,
elle est un "geste de la vie" 



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La danse est multiple

Elle ne repose ni sur une grammaire prédifinie ni sur une recherche de virtuosité, elle est au contraire personnelle à chacun, selon son propre corps, son histoire, son état d'esprit, ses envies...
 

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La danse moderne est donc une danse sans artifice. On travaille pieds nus, sans costumes inutiles... On cherche à comprendre notre rapport au corps, la signification du mouvement, l'expérimentation, les interactions entre notre corps et notre environnement... On veut exprimer par notre mouvement une émotion personnelle, un ressenti, qui peut être lié : à la musique, à la chorégraphie, au moment présent, à une pensée...


Plusieurs courants se sont alors développés. En effet, le propre de la danse moderne est le refus de toute règle pré-établie et de toute tradition. Chaque danseur, chaque chorégraphe, chaque professeur, a donc sa propre danse, sa propre grammaire, son propre langage, qui renouvelle sans cesse le paysage de la danse. Pour ne prendre que ces quelques exemples : Merce Cunningham a cherché à créer une danse dépersonnalisée qui ne valait que par elle-même et a revisité les notions d'espace et de temps ; Pina Bausch a inventé une nouvelle forme de spectacle, destructurant toutes les catégories qui avaient cours jusqu'alors sur les scènes de théâtre par l'élaboration d'un langage nouveau ; aujourd'hui Philippe Découflé s'inspire de la bande dessinée pour créer une danse haute en couleurs ; Robin Orlin cherche l'humanité du mouvement dans des pièces drôles ancrées dans la réalité des problèmes politiques et sociaux de notre époque... Tout est possible tant la danse contemporaine est ouverte !
 


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Par Julie - Publié dans : La danse contemporaine
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